par Isabelle Mouilleseaux
Les responsables de la zone euro ont frappé fort ce week-end, à la surprise générale. 30 milliards de prêts bilatéraux mis à disposition de la Grèce au taux de 5%. Ce à quoi le FMI rajoute aimablement 11 milliards. Coquette enveloppe.
Du coup l'euro/dollar qui avait plongé à 1,3281 jeudi est repassé violemment au-dessus des 1,36 $. Les marchés vont pouvoir à nouveau voir la vie en rose quelques temps.
Deux constats tout de même.
1. Sachant que la Grèce doit dégager un taux de croissance de quasiment 6% pour juste pourvoir faire face au paiement de ses intérêts (service de la dette), le jeu n'est-il pas un peu risqué pour les pays européens ? Nous sommes à la limite du junk bund avec la Grèce. Or la BCE et les Etats européens commencent à les accumuler dans leurs comptes...
2. Maintenant que nous avons fait ce pas avec la Grèce, une sorte de "jurisprudence" s'instaure. Et nous serons obligés de faire ce même pas si un autre Etat de la zone venait à faillir. Je pense notamment au Portugal ou à l'Irlande.
"L'engrenage" qui se met actuellement en place, je dois bien l'avouer, m'effraie. Parce que nos Etats sont déjà largement surendettés, qu'ils n'ont strictement aucune marge de manoeuvre budgétaire, et parce que nos économies sont à ce point "corsetées" qu'elles seront incapables de générer suffisamment de croissance pour nous sortir relativement rapidement du "précipice" dans lequel nous nous sommes jetés. A ce stade, "charger la mule" me paraît très audacieux...
Financer la Grèce est une chose ; financer nos retraites et notre système de santé en est une autre... Nous n'avons pas fini de charger la mule... nos enfants vont nous haïr.
En attendant, petit tour d'horizon de nos matières premières.
1. Energie : le brut à 87 $ le baril
** Les bons chiffres mensuels de l'emploi aux Etats-Unis ont propulsé en début de semaine dernière le baril à un point haut de 86,60 $ pour le Brent, 87,08 $ pour le WTI. Une première depuis octobre 2008.
Les marchés sont ultra-optimistes et s'attendent à une reprise de l'activité économique au second semestre, ce qui devrait, à leurs yeux, relancer la demande de brut.
Certes, les investisseurs ont pris leurs bénéfices depuis, ce qui a ramené le cours autour des 85 $ en fin de semaine. Mais la tendance reste haussière, et les 85 $ pourraient bien devenir support.
** A noter que les perturbations qui ont touché la semaine dernière le marché de la dette ont, semble-t-il, déclenché un "courant porteur" pour le baril. Un peu à l'image de l'or jaune, l'or noir a servi de "valeur refuge" pendant quelques jours.
** Quoi qu'il en soit, le baril est cher. Nos économies exsangues peuvent-elles se le payer ? Clairement, non.
Ne l'oubliez pas : toute hausse du prix du baril, ne serait-ce que d'un dollar, est assimilable à une ponction, une taxe, un prélèvement qui nuit au redressement de l'activité économique.
** En attendant, il y a abondance de brut sur le marché. Surcapacité, stocks pleins, demande atone... Combien de temps encore les investisseurs pourront-ils faire abstraction des fondamentaux pour ne tenir compte uniquement que de leurs anticipations optimistes ?
Regardez le stock de brut américain (en hausse la semaine dernière). Il se situe 7,1% au-dessus de sa moyenne saisonnière normale des cinq dernières années.
Les perspectives ?
"Le baril a finalement accéléré en dépassement des 83 $", nous dit notre analyste Sébastien Duhamel dans L'Investisseur Or & Matières. "Nous sommes donc haussiers avec un stop à 82 $. Toutefois, le potentiel semble désormais limité à court terme", ajoute-t-il.
Vendredi en fin de journée, le WTI livraison mai affichait 84,40 $ le baril sur le NYMEX. Le Brent, même échéance, 84,23 $ sur l'ICE Futures Exchange de Londres.
2. Métaux précieux : nouveau record historique de l'or en euros
Les métaux précieux reviennent en force, l'or flirtant à nouveau avec le seuil psychologique des 1 160 $ l'once qu'il n'avait pas revisité depuis bien longtemps.
Mais surtout, le métal fin enregistre un nouveau record historique absolu en euros, à 863 euros l'once. Soit une hausse de 32% depuis septembre dernier, quand l'once cotait autour de 655 euros.
La problématique de plus en plus pesante de la dette des Etats profite à l'or. La question grecque notamment a rendu la semaine dernière les investisseurs très nerveux. Investisseurs qui sont venus trouver refuge auprès de l'once.
Cours de l'once d'or en euros. Graphique en provenance du site 24HGold
Le stock d'or du fonds or SPDR Gold Trust (l'un des plus gros fonds de la planète) a atteint un nouveau record historique absolu à plus de 1 400 tonnes d'or. L'appétit des investisseurs privés ne se dément pas. Les flux sont là.
Malgré le coup de tonnerre sur la question de l'aide à la Grèce ce week-end, malgré le rebond vertigineux de l'euro contre le dollar, l'once ne cille pas ; et campe fermement sur les 1 164 $ l'once ce matin.
Les taux d'intérêt, au plancher depuis des mois, n'incitent pas les investisseurs à se détourner de l'or, faute de placement safe mieux rémunéré. Un atout supplémentaire pour l'once.
Les perspectives ?
"La tendance reste haussière à moyen terme", nous dit Sébastien dans L'Investisseur Or & Matières...
Nous attendons un repli à court terme... et privilégions donc une nouvelle vague haussière dans les prochains mois avec les plus hauts historiques à 1 226 $ pour cible au minimum".
L'argent a suivi l'once, revenant au-dessus des 18 $ et terminant la semaine à 18,34 $.
Nouveaux records également pour les platinoïdes, à 513 $ et 1 726 $ respectivement pour le palladium et le platine. Nos métaux sont dopés par les ventes automobiles en Chine. Ventes qui s'affichent en hausse de 56% en mars, avec 1,74 million de véhicules vendus. Du jamais vu dans l'empire du Milieu !
Il nous faudrait huit mois en France pour péniblement atteindre ce chiffre... Ainsi, la Chine devient le premier marché automobile de la planète, loin devant les Etats-Unis. Et ce n'est qu'un début. Le marché chinois devrait croître de plus de 10% l'an sur les cinq prochaines années, avec 25 millions d'unités vendues par an d'ici cinq ans ! Nous ne sommes pas au bout de nos peines sur l'épineuse question du réchauffement climatique...
Cours à
3 mois Vendredi
26/03/2010 Vendredi
09/04/2010 Variation/ semaine
Aluminium* 2 228 2 387 7,14%
Cuivre* 7 530 7 933 5,35%
Plomb* 2 115 2 308 9,13%
Nickel* 23 600 25 195 6,76%
Etain 17 750 18 655 5,10%
Zinc* 2 265 2 393 5,65%
Acier (Méditerranéen) 580 611 5,34%
Or (spot) 1 106,70 1 161,40 4,94%
Argent (spot) 16,87 18,39 9,01%
Platine (spot) 1 595,00 1 721,00 7,90%
* cours en $ sur le LME à trois mois
3. Métaux de base : +180% de hausse déjà pour le cuivre et le nickel...
Optimisme quant à l'évolution de la conjoncture économique, amélioration du climat des affaires en Chine, redémarrage de l'emploi aux Etats-Unis, tendance haussière sur des marchés actions, relative faiblesse du dollar, fermeté du pétrole... voilà qui a soutenu les métaux ces deux dernières semaines.
Ce sont les chiffres économiques américaines, et notamment ceux de l'emploi, meilleurs qu'attendus, qui ont mis le feu aux poudres. Explosion d'optimisme quant aux perspectives d'évolution de la consommation des ménages ! Ce qui aurait effectivement un impact fort sur l'activité industrielle, donc sur la demande en métaux.
Les métaux restent également corrélés aux marchés actions et au regain de d'appétit pour le risque.
Plus généralement, les cours des métaux sont revenus à des niveaux d'avant crise de 2008. A cette époque les taux de croissance battaient leur plein, l'activité était en surchauffe et mondialisée... très loin de la situation économique actuelle. Ce décalage m'inquiète.
Aujourd'hui, le risque d'un raffermissement du dollar plane, tout comme le risque d'un resserrement monétaire en Chine pour enrayer la surchauffe économique -- or la Chine est quasiment l'unique moteur de la demande en métaux actuellement.
Ce décalage excessif me dit que le potentiel de hausse des cours du complexe métal devrait être limité à moyen terme.
A plus court terme, j'en conviens, certains marchés sont sous tension, notamment le cuivre (manque d'offre, suite à des problèmes de livraisons depuis les mines), ce qui se reflète dans la structure en backwardation de la courbe des prix des futures. Les acheteurs sont prêts à payer plus cher le cuivre aujourd'hui que dans les mois à venir (le nickel est dans la même situation), faute d'offre suffisante sur le marché par rapport à la demande. C'est incontestablement un facteur de soutien au cours.
Le cuivre a franchi le seuil psychologique des 8 000 $. Rendez-vous compte ! Le voilà revenu non loin de ses plus hauts de 2008. En hausse de +180% depuis son creux de Noël 2008.
Si la Chine absorbe 40% du cuivre mondiale à elle seule, la demande de cuivre des pays de l'OCDE reste atone.
Cours du cuivre sur avant et après le krach de fin 2008, en US $ la tonne
L'aluminium revient lui aussi à son niveau d'octobre 2008, à presque 2 400 $ la tonne. Alors certes, le marché est actuellement serré ; mais dans une optique moyen terme, ce niveau de cours me paraît excessif, sachant que la production augmente et que les stocks restent pléthoriques. Prudence...
Le nickel atteint lui aussi des records de deux ans, à plus de 25 700 $ la tonne, soutenu par le rebond de la demande d'acier inoxydable ces dernières semaines. Reste à savoir si ce mouvement est pérenne ou s'il ne s'agit que d'un restockage. Et si les aciéristes pourront répercuter la hausse des prix sur leurs clients encore longtemps.
Notez que le nickel qui est tout de même passé de moins de 9 000 $ à 25 500 $. Soit +185% en à peine plus d'un an...
Sachant que l'on s'attend à une hausse de la production de nickel dans les années à venir, si les perspectives à court terme sont positives, elles sont à moyen terme moins brillantes.
Les marchés du plomb et zinc devraient être excédentaires en 2010.
4. Soft commodities : léger rebond du soja et du blé
Le dernier rapport mensuel de l'USDA sur l'état de l'offre et la demande mondiale a soutenu le blé et le soja.
Concernant le soja, les anticipations de production mondiale (91 Mt) et de stock de fin de saison (5,1 Mt) de l'USDA sont restées stables. Alors que les analystes s'attendaient à ce que les estimations de production soient revues à la hausse.
Concernant le blé, l'USDA revoit très légèrement la consommation mondiale à la hausse (à 647,8 Mt) et le stock de fin de saison à la baisse (195,9 Mt).
Côté maïs, les anticipations de stock de fin de saison sont revues à la hausse à 144 Mt.
Aux Etats-Unis, les agriculteurs peuvent enfin procéder aux semis, la météo devenant enfin plus propice. Ce qui lève la tension qui pesait jusqu'ici sur les cours du maïs.
Vendredi, et livraison mai, le boisseau de maïs cotait 3,45 $ sur le CBOT, le soja 9,55 $ et le blé 4,70 $, mêmes échéances.
Le sucre, après un violent décrochage depuis ses sommets à 30 cents, semble enfin se stabiliser autour des 16 $.
L'implosion de la bulle sucre a été plus rapide et violente que prévue, surprenant même les intervenants.
Cours du sucre numéro 11 en US cents la livre sur le NYBOT
Comme vous pouvez le constater, le cours est venu rebondir sur mon objectif de 16 cents (support important).
A ce stade, impossible d'anticiper un rebond du cours du sucre vers les 25 cents. Même si les fondamentaux restent clairement très tendus jusqu'à la fin de l'été, les investisseurs ont "joué" le rebond de la production sur la saison prochaine et ils ont poussé au maximum le potentiel de baisse des cours à court terme.
- Graphiques en temps réel
- Graphiques Forex
- Graphiques Futures
- Graphiques des Actions
- Graphiques des Indices



