Le pétrole se reprend après avoir perdu plus de 25% en trois semaines, tandis que l'or teste les 1 235 dollars l'once ; ça bouge dans les matières premières en ce moment.
Vous cherchez un indicateur avancé pour l'évolution des commodities en général et du brut en particulier ? C'est vers l'Est qu'il faut regarder.
Le marché chinois permet de connaître quatre mois à l'avance l'évolution des cours des matières premières ; voici comment et pourquoi.
Vous le savez : je ne jure que par les actifs tangibles, réels et durables.
Enfin presque, j'aime aussi beaucoup l'honnêteté et l'intégrité, et je ne crache pas sur un bon verre de Chasse-Spleen. Je reste résolument positif sur l'évolution des matières premières à long terme – aucun doute là-dessus. Quand les planches à billets tournent à un rythme infernal, les actifs réels vont continuer à progresser, car l'investisseur voudra se protéger contre la perte de valeur des devises dont la masse monétaire explose ; c'est le principe des vases communicants.
Cette tendance de fond n'empêche pas des soubresauts passagers
Comme le recul observé sur le mois de mai par exemple. La crise grecque a alimenté les peurs sur l'euro (allait-il disparaître, se sont demandé les marchés) tandis que des doutes resurgissaient sur la viabilité de la reprise ; bref, de quoi renvoyer le baril de brut sous les 70 dollars.
Ces craintes se sont dissipées
Les angoisses du marché se sont apaisées, semble-t-il. Non, l'euro n'est pas mort et non, finalement, la reprise n'est pas si anémique que cela, se sont dit les investisseurs.
Conséquence : le brut repart à la hausse.
Financiarisation des matières
Cette corrélation avec l'ambiance générale des marchés actions montre une nouvelle fois (et ce n'est de loin pas le seul argument dans ce sens) que certaines matières premières sont devenues des actifs financiers ; l'or, bien sûr, mais le pétrole également.
Selon Barclays Capital, le total des actifs liés aux matières premières a bondi de 36% l'an dernier à 257 milliards de dollars – avec une progression encore plus fulgurante de la part des ETF, +48% à 92 milliards.
Les motivations derrière cette ruée vers le brut et les métaux ?
Diversification, performance et exposition à la croissance des marchés émergents.
Ce rush a été mené par les investisseurs financiers, dont la demande pour les produits liés aux commos a explosé ces dernières années. En 1995, les contrats à terme sur le brut représentaient deux fois le volume du marché physique ; en 2009, c'était presque 12 fois !
Et nos amis chinois, là-dedans ?
Eh bien, ils jouent sur les deux tableaux : le physique et le financier.
Il est de notoriété publique que le gouvernement chinois a accumulé toutes les matières premières sur lesquelles il pouvait mettre la main l'an dernier, même si des chiffres fiables sont difficiles à obtenir. Plomb, zinc, cuivre, nickel, en plus du brut bien sûr. L'idée étant de sécuriser les approvisionnements pour alimenter la croissance échevelée de l'économie nationale.
Mais certains signes montrent que Pékin veut ralentir cette croissance
Les réserves que doivent constituer les banques chinoises ont été relevées en mai – pour la troisième fois de l'année ! Et la Deutsche Bank estime que la croissance des dépenses en infrastructures passera de +120% l'an dernier à +5 à 10% seulement cette année ; avec des conséquences évidentes sur les marchés des matières citées ci-dessus.
Cette frénésie d'achat visait également à diversifier les réserves en dollars de la Chine
Près de 900 milliards de dollars, selon les chiffres du gouvernement américain. Or la valeur de ses réserves est placée en situation de risque au fur et à mesure que Washington continue à imprimer des tombereaux de billets verts pour relancer son économie.
Le Premier ministre chinois Wen Jibao l'a reconnu à demi-mot au printemps dernier : "nous avons prêté des sommes énormes aux Etats-Unis, donc bien sûr que nous sommes soucieux de la sécurité de nos actifs".
La valeur des métaux et du pétrole sera toujours plus stable que celle du dollar – et ceci est un doux euphémisme !
Ce sont donc les décisions politiques de la Chine qui déterminent largement l'évolution des matières premières.
A un point surprenant : selon une étude de Gluskin Sheff -- un groupe d'investissement canadien dont le chef économiste David Rosenberg est très écouté --, la corrélation entre la Bourse de Shanghai et l'évolution des cours des matières premières est très forte : 72% en général, et même 80% pour les prix du brut.
Encore mieux : l'indice de Shanghai devance de quatre mois l'indice CRB des commodities. Maintenant, vous savez d'où vient le vent qui pousse les matières premières, et comment prévoir leur évolution à quatre mois, avec un taux de fiabilité de 80%.
par Marc Mayor